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A L'OCCASION DU SALON DU DESSIN 2018 A PARIS

19 mars 2018



IL N’EXISTE PAS UN TYPE DE DESSIN
MAIS PLUSIEURS, TANT TOUS SONT
DIFFÉRENTS.

La sanguine et le crayon noir sont deux techniques différentes, chacune parfaitement choisie, comme c’est le cas également du graphite – ou «mine de plomb» – de la Tête de vieillard penchée et tournée vers la droite d’Adolph Friedrich Erdmann von Menzel (1815-1905), accrochée chez W.M. Brady & Co. C’est bien ce qui fait le petit supplé- ment d’âme de la discipline : il n’existe pas un type de dessin mais plusieurs, tant tous sont différents, au-delà même des qualités artistiques de leur auteur, par les diverses techniques explorées. Le choix de l’une ou de l’autre, ou l’association de plusieurs d’entre elles, n’est jamais innocent. MAGNIFIER LE SUJET Lorsque Charles-Antoine Coypel (1694-1752) engage le pastel pour traduire son Allégorie du printemps ou de l’odorat (Marty de Cambiaire), il ne se trompe pas : son velouté séduisant traduit parfaitement les traits charmants de son modèle incarnant le renouveau printanier. Il en va de même pour les trois crayons employés pour un Portrait de Joseph-ValentinBlaise Marty, par Jean-Martial Fredou de La Bretonnière (1710-1795). Le trio formé par la sanguine, la craie blanche et la pierre noire donne sa couleur à la psychologie du noble personnage représenté (Grässle-Härb). Quant à l’aquarelle, ne contribue-t-elle pas à magnifier la grandeur du Paysage de montagne de Jean Jacques François Le Barbier (1738-1826), rappelant la petitesse de l’homme devant l’immensité de la nature (galerie Nathalie Motte Masselinck) ? Et que dire des rehauts de gouache rouge, évocation criante du sang dégoulinant de la tête d’une Martyre imaginée par André Devambez, en 1913, pour illustrer un poème de Baudelaire (Talabardon & Gautier), ou du crayon noir utilisé pour fixer Six études du masque mortuaire de Napoléon par Richard Müller (1874-1954), le professeur étrange de George Grosz et Otto Dix, dont la galerie Martin Moeller & Cie présentera vingt œuvres accompagnées d’un catalogue… Cette déclinaison pourrait se poursuivre à l’envi.

 

HORS LES MURS Avec vingt-huit institutions partenaires au lieu de vingt l’an dernier, la Semaine du dessin, qui propose un parcours hors les murs à la découverte des cabinets d’arts graphiques des grands musées, a sorti le médium d’une trop grande confidentialité. En effet, alors que le domaine de Chantilly a ouvert le sien en 2017, et enregistré cette même année une hausse de fréquentation de 3,7 % – une belle santé que beaucoup de musées français peuvent lui envier –, c’est au tour des «Pêcheries», le musée de Fécamp, d’aménager un tunnel des dessins dans son espace inauguré en décembre dernier. Tandis que la fondation Custodia et le musée Cognacq-Jay – ce dernier cherchant à ouvrir un espace spécialement dédié à ses collections d’arts graphiques – dévoileront leurs dernières acquisitions, le Centre Pompidou piochera dans son extraordinaire fonds d’œuvres sur papier pour retenir des productions de Léon Bakst, Mikhail Larionov et Natalia Gontcharova sur les arts du spectacle. Même le musée des Arts et Métiers, célèbre pour ses instruments scientifiques et techniques, a décidé de sortir les feuilles de ses tiroirs ! DANS LES PETITS PAPIERS DU SALON Alors que la présence – ou non – des grands joailliers à la Biennale Paris est une question récurrente, le Salon du dessin y a répondu à sa manière, en invitant Chaumet à exposer… ses dessins de bijoux ! Le thème retenu ? «Le diadème, des grandeurs impériales à la Belle Époque». La maison profitera de cette belle occasion pour ouvrir au public, sur inscription, ses salons du 12, place Vendôme, du 23 au 30 mars, afin d’y montrer une autre sélection de dessins – elle en détient près de 55 000. En parallèle, cette 27e édition inaugure un cycle de conférences sur le thème des arts du spectacle, sous la direction de Pierre Rosenberg, offre une tribune à Olivier Meslay afin de présenter les feuilles du Clark Art Institute (voir interview page de droite) et invite le musée des beaux-arts de Nantes, récemment inauguré, à présenter une petite partie de sa collection. Il a fallu opérer un choix parmi les quelque treize mille pièces d’arts graphiques, l’idée directrice étant de faire dialoguer le fonds historique avec des acquisitions récentes et des œuvres contemporaines. Puisque l’on aborde la contemporanéité, sachez que les trois artistes nommées pour la 11e édition du prix de dessin de la Fondation Daniel et Florence Guerlain – Mamma Andersson, Leiko Ikemura et Juul Kraijer, trois femmes reconnues de la scène internationale – ouvriront avec talent et poésie sur l’avenir. Une fois encore, ce salon dispose de tous les atouts pour être une pépite dans le paysage Parisien du Printemps.

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