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Réalisme flamand d’une scène de taverne

08 décembre 2017



Issue des kermesses flamandes, avec leurs joyeuses tablées où le vin coulait à flot, la représentation de ce type de scènes gagna toute l’Europe, tout en restant un des fleurons de la peinture de genre des pays du Nord.

On doit à Adrien Brouwer, né à Audenarde en 1605 ou 1606, d’avoir transposé ces scènes dans des intérieurs animés de paysans, marchands ou soldats, modelés par un subtil clair-obscur. David Teniers le Jeune reprend ce thème dans ses œuvres de jeunesse. En 1637, il épouse Anna Bruegel, fille de Bruegel de Velours ; il a accès au répertoire iconographique de cette illustre famille et aux nouveautés mises en œuvre par Rubens, tuteur de sa femme. Dans les années 1640, il multiplie les sujets populaires, traités dans un style très réaliste. Il rejette le côté caricatural de certaines œuvres de Brouwer, se contentant de brosser paysans et bourgeois tels qu’ils apparaissent au quotidien. Dans les tavernes peu éclairées, au sol en terre battue, les tables grossièrement équarries accueillent quelques buveurs ou, comme dans ce panneau, des joueurs de cartes ; des spectateurs viennent jeter un coup d’œil. Parfois, le visage d’une femme s’encadre dans la fenêtre. Ici, la partie semble se jouer entre un homme coiffé d’un chapeau à plume et un plus jeune, intrigué et inquiet à la fois. Deux témoins, l’un assis, l’autre debout et fumant une pipe, apprécient la scène. Des cruches et cruchons sont posés à même le sol. Un personnage moustachu se chauffe à l’âtre d’une grande cheminée, devisant avec un homme vu de dos assis sur un coffre. Ce type de tableaux a fait la renommée de David Teniers le Jeune. Il en a produit beaucoup, déplaçant les personnages, en ajoutant un ou plusieurs, variant la position de la table, de la cheminée ou encore des cruchons. L’unité de la peinture est rendue par une palette restreinte à des bruns et des gris. Prolifique et virtuose, cet artiste excella aussi bien dans la peinture de genre que dans les portraits et la peinture d’histoire, fournissant également des cartons de tapisserie. On lui doit aussi d’avoir introduit les scènes où des singes vaquent à des occupations humaines, dont le goût perdura au siècle suivant.