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« Alors que la France représentait 60% du marché de l’art dans les années 1960, elle représente aujourd’hui seulement 3%. Et si on se limite à l’art contemporain, la France pèse seulement 1,96% du marché mondial, avec 26 millions d’euros, soit la moitié du prix de certaines toiles vendues à l’étranger », nous a déclaré le fondateur et PDG d’Artprice, leader mondial de la cotation des œuvres d’art.

« En une heure et demi de ventes aux enchères au Royaume-Uni, ou aux Etats-Unis, on peut réaliser entre 500 à 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit plus que ce qu’ont généré toutes les maisons de vente françaises en 2014 ! » Sur le premier marché que constitue les galeries d’art, la situation est tout aussi dramatique. « En moyenne les galeries françaises font 70% de leur chiffre d’affaires avec 3 clients, ce qui les place dans une fragilité financière énorme », explique Thierry Ehrmann.

« Une succession d’erreurs qui ont pénalisé durablement la France »

Si la France est la première destination culturelle au monde, elle n’est plus depuis longtemps le premier marché de l’art. Pour Thierry Ehrmann, le déclin de la France a véritablement commencé par le refus de Drouot de racheter la plus grande maison de ventes américaine à l’époque Parke-Bernet. « En recevant comme un malpropre le patron de Parke-Bernet, Drouot a raté l’occasion de devenir leader mondial », affirme le dirigeant d’Artprice. C’est finalement Sotheby's qui a racheté en 1967 le prestigieux hotel des ventes new-yorkais.

Pour Thierry Ehrmann, la dégringolade de la France sur le marché de l’art s'explique principalement par l’ancien système des commissaires-priseurs, qui date de 1555 et qui était complètement inadapté au monde moderne. Avant la réforme de la profession en 2000, les commissaires-priseurs avaient en effet le monopole des ventes aux enchères sur le territoire français, fixant eux-mêmes leurs règles et leurs tarifs. Il a donc fallu près de 4 siècles pour que le marché français s’ouvre à la concurrence, avec l'arrivée notamment des grandes maisons anglo-saxonnes (Sotheby's, Christie's).

Créé à l’occasion de la réforme de 2000 (révisée en 2011), le Conseil des Ventes volontaires (CVV) de meubles aux enchères publiques est, selon le fondateur d’Artprice, une nouvelle spécificité française qui bride le marché de l’art en France. En tant qu’autorité de régulation, le conseil des ventes a la capacité d’annuler une vente au dernier moment. Une aberration pour Thierry Ehrmann, alors qu’ « il faut 6 mois pour organiser une vente, créer un catalogue, trouver la location… Les sociétés de vente et les commissaires priseurs ne veulent pas prendre de risque en France et préfèrent tout simplement exercer à l’étranger, notamment en Asie ».

Aujourd’hui, le CVV n’est pas favorable aux enchères en ligne, interdisant par exemple à Artprice de prendre une commission sur les ventes réalisées sur la salle des ventes virtuelle inventée par le groupe. Pour contourner cette législation, l’entreprise lyonnaise a dû créer une filiale aux Etats-Unis. « C’est 50.000 œuvres pour 1 milliard de dollars chaque année qui vont se retrouver là bas, plutôt qu’en France », déplore le patron, lui même plasticien.

Enfin, certains choix politiques ont affaibli l’image de la France sur le marché de l’art. Au départ une bonne idée, le système d’achat d’œuvres d’art par l’Etat, initié par Pompidou pour favoriser la création française, a donné lieu à des excès. Certains de ces artistes ont vendu à l’Etat à des prix totalement en dehors du marché. Une fois dans les ventes aux enchères, certaines œuvres ont alors vu leur valeur s’effondrer. Autre non sens pour le PDG d’Artprice, ce n’est pas le Ministère de la Culture mais le Ministère des Affaires Etrangères qui est en charge de l’exportation des artistes français, comme pour Airbus. « Une pratique peu fructueuse, faute de connaissances suffisantes des interlocuteurs du Quai d’Orsay dans le domaine de l’art. Sans parler des cartels (NDLR : plaquette portant le titre de l'œuvre, son auteur et d'autres informations) qui ne sont parfois même pas traduits en anglais… Tous ces éléments ont contribué à pénaliser les artistes français, désormais exclus par les collectionneurs, hormis quelques mécènes comme Bernard Arnault ». Jonathan Chelet

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Selon certains calculs récents, une oeuvre de 15.000 à 50.000 euros se valorise de 5 à 7% par an à terme, entre 50.000 et 100.000 euros de 8 à 10% par an. Et au-delà de 100.000 euros, pour des œuvres à la traçabilité parfaite avec de bons certificats, de 14% par an. Ce sont des progressions moyennes annualisées des prix sur une période d'une dizaine d'années qui correspondent à des achats avisés de personnes bien informées. Et les acheteurs ont, grâce aux nouvelles technologies, la possibilité d'arriver dans les galeries en connaissant l'historique de la cote d'un artiste, son taux d'invendus... le meilleur moyen de bien acheter.

Inutile d'être millionnaire pour concilier placement et passion pour l'art. « J'ai tendance à dire que le marché de l'art commence à zéro, aux puces par exemple, pour aller jusqu'à plus de 100 millions d'euros, s'amuse Fabien Bouglé, fondateur de Saint Eloy Art Wealth Management. Quelqu'un qui n'a pas beaucoup d'argent peut commencer à acheter pour 200 à 300 euros des oeuvres d'art de qualité, des dessins d'art du XVIIIe siècle, des photos, des livres précieux, des enluminures, des tableaux anciens. Maintenant, si on veut acheter des oeuvres d'art d'intérêt, qui commencent à avoir un bon niveau à l'échelle internationale, il faut pouvoir investir au minimum de 50.000 à 100.000 euros. Parce que, à partir de 50.000 euros, on commence à se situer sur un marché mondial sur lequel il est plus facile de revendre. »

Mais au-delà des chiffres, investir dans l'art, c'est d'abord et avant tout se faire plaisir. « Il est plus agréable de contempler une vierge à l'enfant italienne sur le mur de son salon que les lignes L'Oréal ou Air Liquide de son PEA sur son relevé de compte ", explique dans une tribune, sur le Cercle des Echos, Sylvie Padrazzi, auteur de l'étude « Patrimoine artistique », chez Lamy. « L'art combine plaisir et patrimoine », acquiesce Fabien Bouglé. « Le plaisir, car c'est une valeur artistique, esthétique. Ce sont des objets faits pour être admirés. On peut profiter de son tableau, de son meuble à son domicile. » Mais il y a aussi une dimension patrimoniale : « Une oeuvre d'art est un actif tangible, il existe en tant que valeur matérielle palpable. Surtout il peut nous suivre dans de nombreux pays. C'est un aspect important pour certains clients. On peut transporter un tableau de 1 million d'euros ou des meubles rares à l'étranger, c'est plus difficile avec un appartement. "

Plaisir et investissement

 

L'art est aussi parfois considéré comme une valeur refuge, dans le sens où le prix des oeuvres n'est pas corrélé aux aléas des marchés financiers. Il ne dépend pas non plus de l'évolution des taux d'intérêt, ni à proprement parler de la croissance économique mondiale. Mais cela ne signifie pas, pour autant, que son prix ne baissera jamais. Car l'art est aussi soumis à des effets de mode qui peuvent être dévastateurs pour l'épargnant à court terme. « Certes, le placement plaisir a fait ses preuves sur le marché mondial. Il y a une cote et c'est un marché mature, même si l'on va sur l'art contemporain ", reconnaît Anthony Calci, fondateur de Calci Patrimoine. « Mais c'est aussi un marché risqué si l'on achète un tableau à 50.000 euros et que l'on n'arrive pas à le revendre. "